Arthur Chevallier – Emmanuel Macron, dieu de la puissance – Le Point

Emmanuel Macron n’est jamais aussi sympathique que quand il rêve d’empire. C’est son charme, sa folie, la part de lui-même la plus attachée à sa fonction. La présidence de la République est un poste dont la démesure implique, aux yeux mêmes des électeurs, une propension à la déraison, à l’instinct de grandeur, c’est-à-dire d’indépendance, soit une définition de la France. Le troisième référendum organisé en Nouvelle-Calédonie relatif à l’indépendance de l’île rappelle l’importance des territoires français dans les mers du monde, l’avantage qu’ils constituent sur les pays d’Europe, peut-être la dernière preuve, et le dernier outil, tangible de la puissance. Ce mot qu’il ne faudrait plus prononcer qu’en chuchotant, comme s’il n’y avait de dignité que dans la modestie et la vulnérabilité.

La grandeur n’a rien à voir avec la colonisation ; et c’est en entretenant cette confusion que les idéalistes du déclin fomentent l’affaiblissement de la nation. La colonisation était une idée stupide, malhonnête et cynique. La décolonisation a justement eu lieu, dans des conditions parfois dramatiques, avec des conséquences mémorielles, humaines, diplomatiques, dont certaines sont aujourd’hui encore, et c’est normal, des sujets de conversations houleuses. L’erreur reconnue, les excuses présentées, la France devrait-elle renoncer aux territoires qui ont, à l’exemple de la Nouvelle-Calédonie par deux fois, décidé au terme de processus électoraux parfaits d’être français ? Nicolas Beytout, sur Europe 1, relevait qu’à une époque où la disparition et/ou le maintien des frontières était d’actualité permanente, il était indispensable d’appréhender ce problème d’après celui de la force, et non toujours de la faiblesse. Ce qui, en d’autres termes, revient à préférer la crainte à l’ambition.

Après la diplomatie, l’incruste ; car en Emmanuel Macron sommeille une Marie S’infiltre.

En Nouvelle-Calédonie, il y a les frontières de la France. Le rapport de force entre la Chine et l’Occident implique naturellement de contenir les offensives de l’Asie ; et à ce jeu, la France, deuxième empire marin, à un rôle de premier ordre à jouer. De ce point de vue, et dans un style où le farfelu le dispute à la témérité, le quinquennat d’Emmanuel Macron n’est pas sans mérite. On peine à imaginer l’inventivité, le sens de la provocation et le courage qu’il faut aux chefs d’État de la France pour perpétuer l’influence. Leur seul atout est la réputation, laquelle repose sur un mélange de comédie, de solennité et de panache, à défaut de détenir ni la première économie ni la première armée du monde. En gros, il faut se mêler de tout en employant les moyens du bord et en faisant le maximum de bruit. La méthode, pour être rudimentaire, n’en était pas moins celle du général de Gaulle ; et ça ne fonctionnait pas si mal. Le multilatéralisme, même imparfait, y a sa part. Qu’on se souvienne de la réception de Vladimir Poutine au Grand Trianon du château de Versailles en mai 2017. Ou encore de la visite surprise du ministre des Affaires étrangères iranien, reçu par son homologue français Jean-Yves Le Drian, en août 2019 en pleine réunion du G7 à Biarritz. À une époque où le président américain, Donald Trump, multipliait les propos belliqueux à l’endroit de Téhéran.

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Après la diplomatie, l’incruste, car en Emmanuel Macron sommeille une Marie-S’infiltre. Deux jours après l’explosion du 6 août 2020, le président arrive au Liban, se promène dans les rues de Beyrouth, répond aux questions, et aux acclamations, de la foule, prend la parole en dispensant une leçon de morale au gouvernement libanais, va même jusqu’à promettre de revenir afin de vérifier que ses conseils ont été suivis. Sinon, gare aux ministres libanais.

Démonstration de force

« Néocolonialisme », « ingérence », « impérialisme » : les insultes, en France, n’ont pas manqué. Il est bien difficile de convaincre les nains de leur appartenance à un peuple de géants. À l’envol, condition physique de l’élévation, ils préfèrent rester les pieds joints dans une glaise chaude, confortable, mais aussi dégoûtante. L’armée, enfin, est indispensable. Outre l’exemplarité de ses soldats, la performance de ses équipements de pointe, elle tire sa puissance de l’empire marin. En août 2020, l’armée de l’air envoie plusieurs avions, dont des Rafale et des ravitailleurs, à Tahiti, en moins de quarante heures. Cet exercice aérien en Polynésie rappelle non seulement que l’armée française est la seule d’Europe à pouvoir se projeter aussi rapidement aussi loin de sa base ; mais aussi qu’en cas d’offensive asiatique, le temps de réaction de Paris serait exemplaire. Cette démonstration de force répond à une présence accrue de la Chine dans la région.

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Certains qualifieront cette démonstration de force de bravade, d’autres se souviendront que la France est grande parce qu’elle le décide. Que les patries périssent d’abord par leurs fautes, en étant les premières à moquer leur influence, en tournant en dérision leurs symboles, leur histoire, leur prestige, jusqu’à mettre en doute le bien-fondé de leur existence. Oui, la lâcheté est le supplétif de la crainte. Comme il est simple de parier sur l’issue catastrophique d’un péril au lieu de l’affronter en imaginant les moyens de le vaincre. Les prophètes du malheur se veulent les apôtres de la raison. Quant à nous, préférons les dieux de la puissance.

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