« Valérie, Valérie, Valérie ! » Une Madame Loyale scande dans le micro, afin que la salle reprenne, alors que la candidate LR descend l’escalier en direction de la tribune. C’est devenu une habitude dans certains meetings. On scande le prénom. Ces gens pensent-ils qu’on élit la déléguée de classe ? Ou se croient-ils de l’autre côté de l’Atlantique ? Allez savoir…

Un peu plus de 600 personnes se sont réunies ce jeudi 13 janvier en début de soirée dans l’amphithéâtre du parc des expositions de Micropolis à Besançon. Le sénateur Jacques Grosperrin et Annie Genevard, la vice-présidente de l’Assemblée nationale, ouvrent la réunion. Ils citent les élus présents dans les premiers rangs. L’un d’eux brille par son absence. On y reviendra. Xavier Bertrand est présent au côté de Valérie Pécresse pour ce déplacement comtois, qui avait débuté le matin par une visite dans le Haut-Doubs sur le thème de l’agriculture. Le président de la région Hauts-de-France est là mais ne parlera pas. C’est Valérie Pécresse qui prend le relais immédiatement.

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Elle aussi remercie tous les élus. Là encore, un nom manque. On y reviendra. D’entrée, elle cible Marine Le Pen dont « le programme économique est le copié-collé de celui de Monsieur Mélenchon ». Elle fustige Éric Zemmour, candidat du « retour de l’ORTF et du cinéma en noir et blanc ». Tout cela est expédié en moins de deux minutes. Et attaque le plat de résistance, son « véritable adversaire », Emmanuel Macron. Tout y passe : la dette, la balance commerciale, les protocoles sanitaires, le manque d’écoute.

Valérie Pécresse n’a jamais été très à l’aise à la tribune. Avec elle, on a toujours l’impression d’avoir affaire à la bonne élève de troisième (la déléguée de classe ?) qui déclame « la tirade des nez » de la manière la plus scolaire qui soit. Évidemment, quand les militants présents ou soi-même ont connu Séguin ou Pasqua, ça fait un peu mal aux oreilles. Valérie Pécresse fustige Marine Le Pen et Éric Zemmour mais passe très vite aux thèmes qui font leur succès. Elle parle d’immigration, de limitation du droit du sol, d’assimilation. Et sur l’éducation, elle reprend telles quelles les propositions du candidat du retour de l’ORTF et du cinéma en noir et blanc : « l’examen d’entrée en sixième », « la sixième de consolidation » pour ceux qui le ratent. Elle veut aussi mettre fin à « la repentance » dans les programmes scolaires d’histoire.

Absent gênant

Mais Valérie Pécresse n’oublie pas son cœur de cible : « les retraités sont les grands perdants du quinquennat Macron ». Il semble bien qu’elle ait compris qu’elle joue surtout une demi-finale avec Emmanuel Macron pour le bloc élitaire, théorisé par Jérôme Sainte-Marie. Et au cœur de ce bloc, les retraités aisés sont stratégiques. Ils étaient majoritairement acquis à François Fillon en 2017 mais Emmanuel Macron en a récupéré une bonne partie depuis la crise des gilets Jaunes et les élections européennes de 2019. Si elle ne va pas les chercher, elle aura beaucoup de mal à atteindre le second tour.

Mais revenons au grand absent de cette soirée. En début de semaine, Gilles Platret, maire de Chalon-sur-Saône et chef de file LR au conseil régional Bourgogne-Franche-Comté, avait adressé quelques critiques à la ligne de la candidate de son parti sur l’antenne de CNews. Lorsque Jean-Marc Morandini l’avait interrogé sur un éventuel ralliement à Éric Zemmour, à l’image de Guillaume Peltier, il avait refusé de répondre. « Ce n’est pas à l’ordre du jour », avait-il déclaré, n’excluant donc pas l’hypothèse à moyen terme. Implicitement mais sûrement. Voilà qui avait fâché Christian Jacob qui lui avait remonté les bretelles. Lors de la conférence de presse à Villers-le-Lac, plus tôt dans la journée, un journaliste de France 3 Franche-Comté, Jérémy Chevreuil, a interrogé Valérie Pécresse sur la présence de Gilles Platret au meeting du soir. Elle a répondu qu’il ne serait pas présent avant d’esquiver très adroitement.

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Ne nous le cachons pas, un basculement de Gilles Platret chez Éric Zemmour n’aurait pas la même signification que celui de Guillaume Peltier. Il est moins connu mais, contrairement au député du Loir-et-Cher, il n’a connu que l’UMP et LR. On ne pourrait pas dire de lui qu’il « rentre à la casa ». Gilles Platret, proche de Laurent Wauquiez, avait réalisé le meilleur score de LR dans cette région que le parti ne détenait pas. Mais dans une des deux capitales régionales, Besançon, il brillait par son absence hier soir. Peut-être avait-il piscine, équitation, voire aquaponey ? Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé.

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Besançon : Pécresse en guerre contre “son véritable adversaire” Macron mais avec un soldat manquant – Marianne
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