Jean-Jaurès, Petit Poucet, Dupont le martyr..

Jean-Jaurès, Petit Poucet, Dupont le martyr… Ovale Masqué décape la demie Castres-Toulouse – Actu Rugby

Le Petit Poucet toulousain a dû finalement rendre les armes face à l'ogre castrais mené par Santiago Arata.
Le Petit Poucet toulousain a dû finalement rendre les armes face à l’ogre castrais mené par Santiago Arata. (©Icon Sport)

Tout le monde aime les petits poucets. Peut-être encore plus en France. Au pays de Poulidor, on se prend souvent d’affection pour l’outsider, celui qui se bat valeureusement, avec ses moyens, contre plus fort et plus puissant.

Sachant cela, c’est donc tout à fait logiquement que la France du rugby avait décidé de soutenir une équipe bien particulière à la veille des demi-finales du Top 14. Une équipe qui a connu une saison atypique, faite de haut et de bas. Une équipe dont le jeu est souvent caricaturé, résumé en quelques expressions toutes faites, amplifiées par des médias souvent trop paresseux pour aller plus loin que les clichés. Une équipe qui ne lutte pas à armes égales avec les autres, mais qui ne lâche jamais rien. 

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Vous l’avez reconnu, ce petit poucet… c’est le Stade Toulousain !

Après avoir arraché la 4e place du Top 14 et réussi l’exploit de faire tomber les champions d’Europe rochelais en barrage, les Rouge et Noir relevaient un nouveau défi vendredi soir : la prise de l’imprenable citadelle castraise.

Castres - Toulouse, toujours une opposition de style. D'un côté les beaux gosses sponsorisés par Jacques Dessange.
Castres – Toulouse, toujours une opposition de style. D’un côté les beaux gosses sponsorisés par Jacques Dessange..(©Canal +)
De l'autre les conducteurs de tracteurs dont les cheveux ont été coupé par Gisèle, la gérante du salon de coiffure Happy cult 'hair..
De l’autre les conducteurs de tracteurs dont les cheveux ont été coupés par Gisèle, la gérante du salon de coiffure Happy cult ‘hair. (©Canal +)

Castres, c’est le premier du Top 14, incontestablement la meilleure équipe de la saison régulière. Une équipe qui semble inébranlable, soutenue par la fortune des laboratoires Pierre-Fabre. Une équipe privilégiée, aussi : en refusant de prendre part à la Champions Cup, ou même de former des joueurs de niveau international, le CO peut s’offrir un véritable calendrier de fonctionnaire. Quand Romain Ntamack dispute son 32e match de la saison (c’est la vraie stat, pour une fois j’ai bossé), Benjamin Urdapilleta dépasse mollement les 20. C’est sûr qu’à ce rythme-là, l’Argentin peut jouer jusqu’à 40 ans.

On le redoutait donc, pour les hommes d’Ugo Mola, la mission était presque impossible contre l’ogre aveyronnais, tant les forces semblaient déséquilibrées au coup d’envoi. Et pourtant… vendredi, on a vu le rugby qu’on aime, celui qui nous fait vibrer, nous procure des émotions, et nous fait croire que renverser des montagnes est possible.

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On y a tous cru… jusqu’à cette satanée 77e minute…

A l'instar de Mario Ledesma, Urdapilleta fait partie de ces argentins qui ont une tête à s'appeler José et à tenir le café de la gare à Bournazel.
A l’instar de Mario Ledesma, Urdapilleta fait partie de ces Argentins qui ont une tête à s’appeler José et à tenir le café de la gare à Bournazel. (©Canal +)

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Le film du match

On le sait, le plus grand ennemi du Castres Olympique, c’est souvent le Castres Olympique. Fort de leur statut du premier du Top 14 et de grands favoris dans la course au Brennus, les hommes de Pierre-Henri Broncan peuvent se montrer trop faciles et sûrs de leurs forces, et cela leur joue des tours. À Nice, dès le coup d’envoi, on sent qu’ils ont du mal à rentrer dans le match, à prendre leurs adversaires au sérieux. Touches ratées, maladresses, coups de pied approximatifs… l’entame est tout simplement catastrophique.

Avant-match : personne n'a encore osé dire à Rory Kockott qu'il n'était pas dans le groupe.
Avant-match : personne n’a encore osé dire à Rory Kockott qu’il n’était pas dans le groupe. (©Canal +)

En face, les Toulousains n’ont rien à perdre, et vont rapidement cueillir leurs adversaires à froid. Tout part d’Antoine Dupont, l’ancien du CO, qui par manque de temps de jeu a dû partir vers la banlieue castraise pour enfin se révéler. Dupont, le martyr de l’Ovalie, ce jeune homme talentueux condamné à jouer 50 matchs par saison et à signer autant de partenariats publicitaires douteux, ce qui forcément, finit par influer sur son niveau de jeu.

Ici, des supporters castrais mal-intentionnés se moquant de leur ancien joueur.
Ici, des supporters castrais mal-intentionnés se moquant de leur ancien joueur. (©Canal +)

Pourtant, c’est bien lui qui fait la différence sur une pénalité vite jouée et un superbe aufelode pour Matthis Lebel, qui déborde sur son aile. Si l’action se termine par une perte de balle, un mauvais dégagement d’Urdapilleta va donner une nouvelle munition aux Rouge et Noir.

1 minute 30 de jeu, première action toulousaine de classe. Quasiment la dernière, aussi.
1 minute 30 de jeu, première action toulousaine de classe. Quasiment la dernière, aussi. (©Canal +)

Et c’est une nouvelle fois Lebel qui va s’illustrer, avec une course en travers tellement scandaleuse que Maxime Médard a dû pleurer d’émotion en assistant à cet hommage involontaire. Sauf qu’avec Lebel, ça marche. L’ailier prend l’intervalle et « met les cannes » (prendra-t-on conscience un jour du fait que cette expression ne veut rien dire ?). Personne ne le reverra, 7-0.

On reproche souvent à Lebel d'être un tout-droit, il faire taire ses haters en prouvant qu'il peut aussi courir verticalement.
On reproche souvent à Lebel d’être un tout-droit, il fait taire ses haters en prouvant qu’il peut aussi courir verticalement. (©Canal+)

Les visages crispés ne mentent pas, les Castrais sont cueillis à froid. Qui pouvait penser que ces insolents Toulousains oseraient leur rentrer dedans comme ça ? Fébriles, ils continuent d’enchaîner les approximations. Une pénalité permet à Thomas Ramos, l’éternel recalé du XV de France, le mal-aimé de Marcoussis, de faire gonfler le score, 10-0.

La sécheresse et les pauvres récoltes fait des ravages dans l'Aveyron, regardez comme ces supporters sont tout maigres.
La sécheresse et les pauvres récoltes font des ravages dans l’Aveyron, regardez comme ces supporters sont tout maigres. (©Canal +)

Partis forts, peut-être trop, les Toulousains vont petit à petit remettre leurs adversaires dans le match, notamment à cause d’une grande indiscipline. Richie Arnold écope d’abord d’un carton pour avoir envoyé son épaule au visage de Nakosi. On redoute le rouge, d’autant plus quand on sait que le corps arbitral a tendance à se montrer plus sévère envers les petits.

Si Nakosi percute ton épaule avec sa tête, pour moi c'est toi qui est en danger et lui qui doit être expulsé.
Si Nakosi percute ton épaule avec sa tête, pour moi c’est toi qui est en danger et lui qui doit être expulsé. (©Canal +)

Heureusement, ce ne sera qu’un jaune. Auteur d’un début de match compliqué, Urdapilleta remet son équipe dans le match avec deux pénalités 10-3, puis 10-6. La réaction d’orgueil des premiers de la saison régulière est enfin là, désormais ils dominent. De plus en plus acculés, les fans de Jean-Pierre Mader continuent de faire des fautes. Marchand, dont on pensait qu’il était un des rares spécimen de talonneur intelligent au monde, nous prouve le contraire en commettant un en-avant volontaire particulièrement stupide.

Bon après, n'importe qui a l'air intelligent sur une photo à côté de Camille Chat et Pierre Bourgarit.
Bon après, n’importe qui a l’air intelligent sur une photo à côté de Camille Chat et Pierre Bourgarit. (©Canal +)

En position de force, les Aveyronnais insistent pour aller à l’essai. Et ce n’est pas loin de passer après un coup de pied judicieux du Grande Diez, que Geoffrey Palis vient dunker dans l’en-but. L’arbitre demande la vidéo. A-t-il bien exercé une pression de haut en bas ? l’image arrêtée ne prouve pas grand-chose, si ce n’est ce qu’on savait déjà : qu’être arbitre de rugby consiste à prendre des décisions impossibles et à se faire insulter pour ça. Finalement, l’essai est refusé, et Urdapilleta doit se contenter de trois points. Surprise, ce sont donc bien les Rouge et Noir qui rentrent au vestiaire avec un petit point d’avance, 10-9.

Assassin de la Palis.
Assassin de la Palis. (©Canal +)

Si les valeureux Toulousains tiennent tête à leurs prestigieux adversaires, on craint tout de même qu’ils ne soient en sursis, face à une machine implacable qui commence doucement à se mettre en marche. Le début de seconde période confirme nos peurs : après une nouvelle offensive castraise jusque dans les 22m, Santiago Arata s’arrache et va marquer un essai plein de grinta (personnellement je ne sais pas ce que ça veut dire mais dès qu’une Sud-Américain fait un truc, c’est ce qu’il faut dire). 10-16.

Tel Tom Cruise dans Top Gun 2, Arata vole en rase-motte pour échapper à la vigilance de ses ennemis.
Tel Tom Cruise dans Top Gun Maverick, Arata vole en rase-motte pour échapper à la vigilance de ses ennemis.(©Canal +)

On se dit alors que c’est fini pour les Toulousains. Le retour à la réalité va être brutal. Brutal comme les plaquages des Castrais, qui dominent de plus en plus les collisions.

Non content de mettre des essais de hobbitt sournois, Arata colle aussi des takedowns de lutteur tchétchène.
Non content de mettre des essais de Hobbits sournois, Arata colle aussi des takedowns de lutteur tchétchène. (©Canal +)

Mais c’est alors que quelque chose de totalement inattendu va arriver. En fait, quelque chose qui se produit à presque tous les matchs, mais qu’on ne voit jamais venir : un essai de Romain Ntamack. Bien servi par Ramos, le demi d’ouverture prend l’intervalle furtivement, avec ce style caractéristique qui nous donne l’impression qu’il est en train de faire son footing dominical un lendemain de cuite. Mais un footing de dégrisement à 20 km/h. Personne ne rattrapera le Grandisse. Ramos ne transforme pas, 15-16. Le plus dur reste encore à faire.

Le sprint flegmatique, la version 2.0 de la course molle.
Le sprint flegmatique, la version 2.0 de la course molle. (©Canal +)

Déjà âpre et tendue, la rencontre bascule en mode guerre de tranchée. Le KO est dans l’air et le premier qui commettra une erreur ne verra Saint-Denis qu’en carte postale (oui, il existe vraiment des cartes postales de Saint-Denis, aussi incongru que cela puisse paraître). Le CO est le premier à baisser sa garde et à prendre un vilain coup au menton, quand Chilachava se fait sanctionner en mêlée.

Dans sa tête, Maxime Médard ressemble à Hugh Jackman dans X-Men. Quelqu'un devrait le prévenir qu'il ressemble surtout à un buraliste dans un sketch des Inconnus.
Dans sa tête, Maxime Médard ressemble à Hugh Jackman dans X-Men. Quelqu’un devrait le prévenir qu’il ressemble surtout à un buraliste dans un sketch des Inconnus. (©Canal +)

À 30m en face des poteaux, Ramos réussit son coup de pied, 16-18. On se remet alors à croire. Et si… ? Dernier waterbreak, plus que 20 minutes à tenir. 20 longues minutes. Trop longues. 

58e : Personne n'a osé prévenir Rory Kockott qu'il n'allait pas rentrer en jeu.
58e : Personne n’a osé prévenir Rory Kockott qu’il n’allait pas rentrer en jeu.(©Canal +)

Le propre des grandes équipes, c’est de savoir se sublimer dans les moments cruciaux de ce genre de matchs de phase finale. Même menés, les joueurs de la ville où Jean Jaurès a vu le jour (encore un bolchévique de la NUPES) ne paniquent pas, à l’image de leur maestro Urdapilleta, qui profite d’une pénalité pour redonner l’avantage à son équipe, 19-18.

Côté Rouge et Noir, tout espoir n’est pas perdu. Nouvelle pénalité après une faute grossière de Chilachava. Thomas Ramos a l’opportunité de répondre à l’Argentin. Mais l’arrière, sans doute moins rôdé à la pression de ce type de match, rate un coup de pied qui semble dans ses cordes.

La pensée positive du week-end : si cet homme peut être sportif professionnel et sur le point de remporter le Bouclier de Brennus, alors vous aussi vous pouvez.
La pensée positive du week-end : si cet homme peut être sportif professionnel et sur le point de remporter le Bouclier de Brennus, alors vous aussi vous pouvez. (©Canal +)

Urdapilleta, lui, continue son récital. Sur un ballon de récupération, il tape un coup de pied à suivre qui se transforme avec bonheur en 50-22. Les Castrais récupèrent une munition cruciale à quelques minutes du coup de sifflet final. Et là, nouveau coup de patte de génie, cette fois en direction de l’aile de Nakosi. Le Fidjien s’empare du ballon et a la lucidité de servir Dumora, qui avait eu du nez et s’était parfaitement placé au soutien. 24-18.

Alors normalement se débarrasser du ballon au pied au pied à la 77e c'est stupide. Sauf quand tu fais ça.
Alors normalement se débarrasser du ballon au pied au pied à la 77e c’est stupide. Sauf quand tu fais ça. (©Canal +)

Urdapilleta ne transforme pas cette fois, ce qui laisse un mince espoir aux Toulousains. L’exploit est-il possible ? Qui sait ? Une relance folle, un essai du bout du monde… ?

En plus d'être un entraîneur talentueux, Pierre-Henri Broncan est aussi champion de beatbox. Ces Castrais savent tout faire.
En plus d’être un entraîneur talentueux, Pierre-Henri Broncan est aussi champion de beatbox. Ces Castrais savent tout faire. (©Canal +)

Hélas pour les romantiques, rien de tout ça. Le match se termine par une perte de balle, fin tristement banale pour une épopée légendaire. Le rêve se termine : malgré une partie héroïque, les Toulousains échouent à quelques centimètres de la finale. Comme tous les observateurs l’avaient annoncé depuis le début de la saison, c’est bien Castres qui ira au Stade de France. David ne peut pas battre Goliath à chaque fois. Sinon, c’est Goliath qui serait David.

Notez comme Romain Ntamack est bien élevé : il va s'isoler dans le vestiaire pour insulter la mère de l'arbitre.
Notez comme Romain Ntamack est bien élevé : il va s’isoler dans le vestiaire pour insulter la mère de l’arbitre. (©Canal +)

Cette phrase n’ aucun sens. Cette chronique non plus. Il est temps que cette saison se termine. Et quoi de mieux qu’un beau Castres – Montpellier pour définitivement nous achever ? Le retour du fameux match du vendredi soir, mais en prime time sur France 2.

On sait déjà tous comment ça va se passer. Matthieu Lartot va commenter la rencontre en faisant la gueule, en pensant à ses futurs scores d’audience pourris, tandis que votre belle-mère va vous demander « ben, il est où Antoine Dupont ??? ». Et vous allez devoir lui dire la triste vérité : parfois, Antoine Dupont est humain, parfois Antoine Dupont perd. Parfois Antoine Dupont a besoin de vacances. Comme nous tous après cette saison.

Comment ça une tournée au Japon ?
Comment ça une tournée au Japon ? (©Canal +)

Allez, plus que 5 jours.

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