Jean-Michel Blanquer a-t-il bénéficié d'un passe-droit à l'université d'Assas (Paris-II)? - Marianne

Jean-Michel Blanquer a-t-il bénéficié d’un passe-droit à l’université d’Assas (Paris-II)? – Marianne

Jean-Michel Blanquer aurait-il été parachuté à l’université d’Assas (Paris-II), de façon injustifiée ? C’est ce que suggère un article de Mediapart, affirmant que l’université Paris-II (Panthéon-Assas) a « exceptionnellement » décidé d’ouvrir un poste sur mesure au sein de son département de droit public pour accueillir l’ancien ministre, tout juste défait aux élections législatives. Un article qui tombe mal pour Jean-Michel Blanquer, alors que le processus d’examen de cette candidature était en cours ce mercredi 22 juin en fin de journée. Ce dernier se serait bien passé de cette publicité. Une commission d’enseignants devait l’interroger et étudier son dossier.

Dans un message adressé à ses équipes le 17 juin et révélé par Mediapart, le président de l’université Stéphane Braconnier a effectivement mentionné avoir « été saisi » de cette demande au caractère « inhabituel, voire exceptionnel » : la possibilité d’accueillir « au sein de notre université » l’ancien ministre, agrégé de droit public en 1996 et spécialiste de droit constitutionnel et de droit public comparé.

Il s’y dit d’autant plus favorable que « son arrivée éventuelle » se ferait sur un « emploi dédié », qui resterait donc « acquis de manière définitive à notre université ». Par ailleurs, « l’arrivée d’un ancien ministre dans nos effectifs contribue, de manière générale, au prestige et donc à l’attractivité de notre établissement ». Scandale sur les réseaux sociaux, où les nombreux détracteurs de Blanquer hurlent au favoritisme. L’association d’étudiants « Assass in progress », se fend dans la foulée d’un communiqué refusant l’arrivée de l’ancien ministre et critiquant sa « politique du vide », quand il était à la tête de la rue de Grenelle. « On aurait voulu être mis au courant », s’insurge auprès de Marianne, la jeune Luna Méhard, étudiante en droit.

Réintégration dans le corps des agrégés

Habituellement, les recrutements dans les universités sont soumis à une mise en concurrence de candidatures, au moins formellement. Mais le processus n’est pas du tout, ici, celui d’un recrutement sur la base d’une création de poste, comme l’a précisé le président de l’université de Paris-II dans un communiqué. Il s’agit d’une réintégration ou encore d’une « mutation » au sein de son corps d’origine, celui des professeurs d’université, dont Jean-Michel Blanquer était détaché depuis 2004. Successivement maître de conférences puis professeur d’université depuis 1996 notamment à Lille puis à Paris-III, Jean-Michel Blanquer a ensuite été détaché, puis mis en disponibilité quand il a été nommé ministre. Pour rappel, il est devenu recteur en Guyane, à Créteil, directeur général de l’enseignement scolaire, directeur de l’Essec puis ministre de l’Éducation nationale. Autant de missions considérées comme « d’intérêt public ».

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Ancien président de la conférence des présidents d’université, Jean-Loup Salzmann s’étonne de la polémique qui met en regard la difficulté pour de jeunes agrégés et docteurs à obtenir des postes à l’université : « Ce type de réintégration n’a rien d’extraordinaire. C’est même assez commun », explique-t-il pour en avoir « traité » plusieurs lors de sa carrière de président : d’anciens membres de conseillers ministériels, d’anciens conseillers culturels en ambassade, d’anciens ambassadeurs, etc.

Ancien ministre de l’Éducation nationale, Luc Ferry, professeur de philosophie avait, en son temps, également été réintégré dans une université parisienne. « Ce n’est pas comme si Blanquer venait du privé et réclamait soudain de devenir prof. Il a les diplômes et l’expérience », note Salzmann. D’autres universitaires contactés par Marianne, pourtant peu suspects de proximité idéologique avec Blanquer, évoquent une « tempête dans un verre d’eau ». Même si, observe l’un d’eux, on peut trouver étrange qu’il ait passé plus de vingt ans en détachement avant de réintégrer un poste d’enseignant, c’est le droit de la fonction publique.

Célérité de l’université

Après des années de mises à disposition, la direction générale des ressources humaines du ministère (Dgrh) prend attache avec la personne ou inversement. L’usage est de lui demander où elle souhaiterait aller. Dans cette situation, c’est l’ancien ministre qui a lui-même pris les devants, a indiqué le président d’Assas : « Contrairement à ce que laisse croire l’article de Mediapart, aucune « demande » extérieure à l’université n’a précédé les échanges entre Jean-Michel Blanquer et les responsables de l’université », a précisé Stéphane Braconnier dans un communiqué. De toute façon, nul besoin d’une intervention elyséenne ou matignonesque pour que Blanquer obtienne satisfaction. Tout juste peut-on s’interroger sur la célérité de l’université à répondre à la demande de l’ancien ministre. La rentrée universitaire approchant, avec les grilles de cours à concocter actuellement, cette rapidité ne semble toutefois pas non plus complètement aberrante.

Le haut fonctionnaire n’est pas obligé de revenir dans son établissement d’origine, c’est-à-dire à l’université Paris-III, lorsqu’il est en « disponibilité » comme l’est Blanquer. « On s’arrange pour que les choses se passent bien », glisse Salzmann. Cet avantage peut paraître incroyable ou outrancier, mais c’est une tradition ancienne. Depuis que Blanquer n’est plus ministre, sa disponibilité est terminée. Sans poste attribué, il toucherait automatiquement, dès le mois de septembre, son traitement de fonctionnaire professeur d’université sans avoir à exercer le métier ! « Le risque serait surtout qu’il soit payé à rien foutre », a commenté sur Twitter, sans prendre de gants, Hervé Joly, directeur de recherche au CNRS : « il est un peu étonnant de voir autant d’habituels défenseurs du service public être choqués par une réintégration d’un fonctionnaire titulaire ».

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Avec son statut d’ancien ministre, Blanquer aurait pu prétendre à une de ces niches de la République que constituent certains postes à l’Unesco, à l’inspection générale, au Conseil d’Etat. Autant de postes, au passage, bien mieux rémunérés, que celui de professeur d’université. Des proches de Jean-Michel Blanquer font valoir de leur côté que ce dernier « a toujours dit et depuis longtemps qu’il souhaitait redevenir enseignant ».

(*) Contactés, ni la présidence de l’Université de Paris-II, ni Jean-Michel Blanquer, n’ont souhaité communiquer sur une procédure en cours.

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