Ceci n’est pas du Audiard. Il était une fois deux présidents, l’actuel et l’un de ses prédécesseurs, qui devisaient dans un avion. Nicolas Sarkozy, on le sait, n’a jamais aimé les centristes, alors il critique la ministre Jacqueline Gourault, “franchement, ce n’est pas glorieux”. Emmanuel Macron ne s’en laisse pas conter : “Parce que c’était mieux à votre époque ? Vous voulez qu’on vous ressorte les noms ?” Et Sarkozy hilare de conclure : “Excusez-moi, si ça devient personnel…” Le ton est donné, mais il évoluera, amer souvent, aigre parfois, féroce aussi à plusieurs occasions. 

Les journalistes Nathalie Schuck et Olivier Beaumont s’en donnent à coeur joie pour raconter, dans Chérie, j’ai rétréci la droite ! (Robert Laffont), les aléas de la relation singulière entre ces deux hommes. On découvre un Sarkozy qui ne vieillit pas, en tout cas dans sa tête, toujours prêt à régler ses comptes avec son ancienne ministre Nathalie Kosciusko-Morizet, avec Agnès Buzyn – sommée par Emmanuel Macron d’appeler l’ex, elle commence par commettre l’outrecuidance de l’appeler “Monsieur Sarkozy”, lequel sort immédiatement la sulfateuse – ou encore Olivier Véran ( “Ne pas virer un nul, c’est un signe de faiblesse”, dit Sarko, mais ça, c’est à l’intention du chef de l’Etat). 

Macron, “leader de la droite”?

Tout autant que sa vigueur, l’ancien président a conservé le sens et le goût des formules. Il ne supporte pas pendant la crise sanitaire qu’Emmanuel Macron entame son propos en remerciant tout le monde : “Vous imaginez un pilote d’avion qui va se crasher et qui dit aux passagers : ‘Je tiens à remercier les hôtesses et les stewards’ ?” Le voilà pourtant guetté parfois par la bienveillance, au point de lâcher un jour ce propos que les candidats au congrès LR auront du mal à digérer : “Le destin de Monsieur Macron, c’est de devenir le leader de la droite française.” Heureusement, Gérald Darmanin est là pour rappeler qu’avec Nicolas Sarkozy, l’impossible n’existe pas. “Il doit se dire que si la Lune tombe sur Mars et que Mars touche le soleil, alors pourquoi pas ?”, glisse le ministre de l’Intérieur. 

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On entrevoit un Macron flageolant au pic de la crise des Gilets jaunes. Lui prend un coup de vieux pendant ce quinquennat tourmenté. Méfiant, toujours sur ses gardes, voulant traiter Nicolas Sarkozy tout en veillant évidemment à ne pas être manipulé. Il l’appelle au soir d’une condamnation, sans empêcher son interlocuteur d’être persuadé qu’il n’a pas tout fait pour empêcher d’en arriver là. 

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Les auteurs, qui révèlent au passage la dédicace envoyée par Edouard Philippe au chef de l’Etat avec son livre Impressions et Lignes claires (“Pour Emmanuel, un président qui n’a pas fini de nous étonner”), campent ainsi un paysage politique qui ne se résume pas au fameux club des présidents – dont ces deux-là s’accordent pour en exclure François Hollande ; de sa configuration dépendra aussi le rapport de force entre Emmanuel Macron et la droite pour l’élection présidentielle de 2022. L’heure ne sera alors plus à la plaisanterie. 

Eric Mandonnet

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Frédéric Filloux est chroniqueur à L'Express et éditeur de la Monday Note.Frédéric Filloux

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“Parce que c’était mieux à votre époque?” : la relation Macron-Sarkozy décortiquée – L’Express
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