Jugé pour ses propos nauséabonds sur les mineurs isolés, le polémiste d’extrême droite multi-condamné est absent de l’audience. Ce qui n’empêche pas des débats très tendus.

S’il continue d’avancer sur le terrain politique vers la présidentielle 2022, Eric Zemmour a aussi à faire sur le plan judiciaire. Le procès du polémiste d’extrême droite pour ses propos controversés sur les migrants mineurs isolés s’est ouvert ce mercredi à Paris – en son absence – par des demandes de renvoi et des échanges houleux entre avocats de la défense et des parties civiles.

Après un premier renvoi de l’audience début septembre, le très probable candidat à l’élection présidentielle a cette fois décidé de ne pas se présenter devant le tribunal correctionnel «afin d’éviter que l’enceinte judiciaire ne se transforme en studio de télé d’information en continu», avait indiqué la veille son avocat, Me Olivier Pardo.

Devant une salle d’audience pleine, la présidente Delphine Chauchis a prévenu dès l’ouverture que son tribunal serait «particulièrement vigilant [quant à] la sérénité des débats». Mais le ton est monté dès les premières minutes sur la question de la recevabilité des certaines parties civiles.

Une trentaine d’entre elles se sont constituées, dont les associations SOS Racisme, la Ligue des droits de l’homme (LDH) et la Maison des potes. Mais aussi une vingtaine de conseils départementaux – les mineurs non accompagnés étant pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), gérée par les départements, dont celui de Seine-Saint-Denis.

Ils sont ici «pour faire de la politique», soutient Me Pardo, l’avocat du polémiste d’extrême droite. «Les trois quarts sont irrecevables et ils le savent très bien, ils ne sont là que pour faire nombre, pour faire masse», s’insurge à son tour Me Olivier Baratelli, qui défend le directeur de publication de la chaîne d’information CNews, jugé au côté d’Eric Zemmour comme c’est l’usage dans les procès de presse. Les deux avocats M. Pardo et Baratelli ont tour à tour longuement plaidé pour le renvoi de l’audience, arguant que les conclusions de nombreuses parties civiles ne leur avaient pas été transmises à temps.

«C’est faux !» répond-on de l’autre côté du prétoire. Chacun se coupe la parole et la présidente menace de suspendre l’audience. Le renvoi «arrange manifestement un des prévenus», «c’est une stratégie», lance alors Me Patrick Klugman au nom de SOS Racisme. Après une courte suspension, la présidente rejette la demande de renvoi et l’audience se poursuit avec des questions de procédure.

«Mots différents»

Habitué des sorties controversées et des procédures judiciaires, Eric Zemmour est cité à comparaître par le parquet pour complicité de provocation à la haine raciale et d’injure raciale, pour des propos tenus sur CNews le 29 septembre 2020.

Lors d’un débat de l’émission Face à l’info sur les mineurs isolés après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, le chroniqueur avait déclaré : «Ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent.» Sa défense estime que Zemmour n’a fait que «redire avec des mots différents» les inquiétudes exprimées par les autorités sur la délinquance liée aux mineurs non accompagnés.

Par le passé

Les prises de position d’Eric Zemmour, 63 ans, lui ont valu depuis une dizaine d’années une quinzaine de poursuites en justice. Plusieurs fois relaxé, il a été condamné à deux reprises pour provocation à la haine.

Le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) a d’ores et déjà sanctionné en mars la chaîne d’information d’une amende de 200 000 euros, pour «incitation à la haine» et «à la violence». Le polémiste a d’ailleurs été contraint à la mi-septembre de quitter l’émission quotidienne phare de CNews à cause de ses ambitions présidentielles pour 2022.

Avant l’audience, une vingtaine de jeunes soutiens de «Génération Z» se sont brièvement rassemblés devant le tribunal pour déployer un drapeau français.

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Provocation à la haine raciale : ambiance tumultueuse à l’ouverture du procès d’Eric Zemmour – Libération
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