“Non, ce n’est pas un besoin de justification, car j’en parle moi-même très ouvertement lors de chacune de mes réunions avec les Français. D’ailleurs, sur les 35 réunions publiques que j’ai déjà faites, je n’ai quasiment eu aucune question sur ce sujet.” Comme depuis le début de sa campagne, Xavier Bertrand est lancé dans une opération séduction, mercredi 10 novembre, dans la salle municipale Saint-Nicolas de Compiègne (Oise). Le candidat à l’investiture LR pour l’élection présidentielle sillonne tout le pays avec un seul objectif : convaincre les militants qu’il fait bien partie de la famille des Républicains et que ça n’a jamais cessé d’être le cas, malgré son retrait du parti en 2017.

“La seule question que je me pose à la fin de la réunion est la suivante : sont-ils convaincus ou pas ? Eh bien, quand je vois tous ceux qui veulent leur carte au parti, et ceux qui sont prêts à voter pour moi, je me dis que je ne fais pas trop mal mon travail”, assène le président de la région Hauts-de-France. Xavier Bertrand multiplie donc les réunions publiques avec, à chaque fois, la même méthode et la même rhétorique. Avant de détailler les trois thématiques centrales de son programme : “la restauration de l’autorité, le retour de la valeur travail et l’avènement d’une République des territoires pour libérer la France”.

Le candidat se lance systématiquement dans un long monologue pour justifier qu’il est depuis son plus jeune âge un militant de droite qui a toujours cru en sa famille politique. “Je vais vous parler de mon programme mais, d’abord, je vais vous parler de mon parcours. J’ai rejoint le RPR à 16 ans et je me suis engagé pour Jacques Chirac”, lance-t-il ainsi devant quelque 200 militants et sympathisants LR, réunis dans une salle bien remplie de l’un de ses principaux fiefs du Nord.

Face aux critiques de militants LR qui lui reprochent d’avoir lâché le parti en pleine tempête, quelques mois après la victoire d’Emmanuel Macron, Xavier Bertrand assume haut et fort son choix de l’époque. “Oui, j’ai quitté les Républicains en 2017 car je n’ai pas accepté que certains membres de mon parti n’appellent pas à faire barrage au Rassemblement national lors du second tour de la présidentielle. Mais je n’ai pas créé mon parti pour ne pas faire de concurrence à ma famille politique et je ne l’ai jamais trahi en rejoignant les rives de la macronie comme d’autres ont pu le faire”, fait-il valoir. “Je sais d’où je viens et où j’habite”, assure celui qui vient de reprendre sa carte au sein du parti de droite pour pouvoir participer au scrutin interne qui aura lieu du 1er au 4 décembre, dans le cadre d’un congrès.

Bien aidé par le maire de Compiègne, Philippe Marini, qui a appelé les habitants présents mercredi à “adhérer massivement au parti pour faire gagner Xavier”, l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy se présente comme “le seul candidat” en mesure de battre Emmanuel Macron au second tour, et donc comme le seul à droite à pouvoir “sauver sa famille politique” en étant élu président de la République en 2022. “Ce qui se joue avec cette élection, c’est la survie des Républicains”, affirme Xavier Bertrand à son auditoire.

“Nous sommes à la croisée des chemins, car si la droite perd à nouveau cette élection, elle ne s’en relèvera pas. Si nous dépérissons, qui parlera de la grandeur de la France, de l’autorité, du travail ?”

Xavier Bertrand

lors d’une réunion publique face à des militants LR à Compiègne

L’ancien ministre ajoute en élevant la voix et les bras “D’un côté, il y a les vautours représentés par les extrêmes. Et de l’autre, Emmanuel Macron, le fossoyeur, qui a compris que sa seule chance de victoire, c’est de se retrouver face aux extrêmes au second tour. Il va falloir se battre, et la tête haute !”

Emmanuel Macron, Xavier Bertrand s’en inspire tout de même un peu en restant debout durant deux bonnes heures, et sans note, comme le chef de l’Etat avait pris l’habitude de le faire lors du “grand débat national” en 2018, durant la crise des “gilets jaunes”. Il laisse ensuite la parole aux sympathisants présents dans la salle. Les échanges sont francs. Les retraites, les petits salaires, le chômage, ces satanées éoliennes”, selon les propres mots du candidat, ou encore “les petites communes rurales abandonnées”... Des dizaines de préoccupations des habitants de l’Oise sont passées en revue. Xavier Bertrand répond du tac au tac et semble convaincre les intervenants. “Vous aurez ma voix !”, lance la maire d’un petit village du département.

Mais certains restent sur leur faim et doutent de la sincérité du candidat. “C’est un très bon président de région et il ferait sans doute un très bon président de la République mais, ce que je lui reproche, c’est d’avoir quitté notre famille politique en 2017. Je suis contente qu’il y soit revenu, mais j’espère qu’il ne décidera pas à nouveau de retourner sa veste s’il venait à accéder à l’Elysée”, tacle Colette, une militante LR de la fédération de l’Oise. “C’est un vrai risque”, juge-t-elle.

Même son de cloche du côté d’un autre groupe de sympathisants qui n’a pas encore fait son choix entre Xavier Bertrand et Valérie Pécresse pour le vote interne début décembre. “Une femme, ça serait bien quand même ! Et puis elle au moins, elle n’a jamais voulu faire cavalier seul et se priver des primaires”, lancent-ils presque en chœur.

Pour défendre et appuyer la sincérité de son appartenance politique, Xavier Bertrand peut tout de même compter sur des militants qui “le soutiennent depuis toujours”, comme Nathalie ou Georges Albin. “C’est faire preuve d’intelligence que de revenir au bercail”, estime ce dernier. Plusieurs ténors locaux, comme le député LR de l’Oise Pierre Vatin, sont également chargés d’assurer le service après-vente. “Il a quitté le parti, et y est revenu depuis, non pas pour des questions idéologiques mais pour des questions de fonctionnement. Ses opinions n’ont jamais varié. C’est toujours un homme de droite qui pense que les idées de droite sont les meilleures pour la France de demain”, assure le parlementaire, sous les yeux de plusieurs membres de l’équipe de campagne du candidat aux aguets.

Cette entreprise de séduction de la base militante du parti, Xavier Bertrand compte bien continuer à la mener dans tout le pays jusqu’aux résultats du vote interne le 4 décembre. “C’est vrai qu’il a peut-être un léger temps de retard par rapport à ses adversaires directs chez les Républicains sur ce point-là. Mais connaissant sa détermination et sa force de persuasion, nous savons qu’il va l’emporter dans le cœur des militants”, assure son entourage.

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REPORTAGE. “Je sais d’où je viens et où j’habite” : comment Xavier Bertrand tente de se réconcilier avec les m – franceinfo
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