Une 100e sélection avec les All Blacks, ça valait bien une cape argentée et un bijou d'Ovale Masqué...
Une 100e sélection avec les All Blacks, ça valait bien une cape argentée et un bijou d’Ovale Masqué… (©Icon Sport)

Après de longues semaines d’un Top 14 qui nous propose souvent un spectacle de qualité inversement proportionnelle aux efforts fournis par Éric Bayle pour nous le promouvoir, ça y est, c’est enfin le début de la période internationale.

Et cette fois, du spectacle, on devrait en avoir, avec l’arrivée en Europe des véritables rockstars de l’Ovalie, les fameux Aulblaques de Nouvelle-Zélande © ! Le COVID nous avait privé de leurs tournées où tout est réglé comme du papier à musique : tenues de scènes emblématiques, tube incontournable joué à chaque début de représentation, partition récitée à la perfection, spectacle pyrotechnique, séances d’interviews et dédicaces organisées par le sponsor, etc. Parfois, on a même le droit à une chambre d’hôtel détruite ou à des escapades avec des groupies dans des toilettes d’aéroport pour le folklore.

Le haka c'est sympa, mais au bout du cinquantième Alun-Wyn Jones n'est plus vraiment impressionné.
Le haka c’est sympa, mais au bout du cinquantième Alun-Wyn Jones n’est plus vraiment impressionné. (©Stan Sport)

Dans quelques semaines, comme vous le savez, c’est le XV de France qui aura l’honneur d’accueillir la grande entreprise de divertissement néo-zélandaise. Mais en attendant, la bande à Beauden Barrett a eu le droit à un petit échauffement au pays de Galles.

On pouvait s’attendre à un gros duel entre les vainqueurs du Rugby Championship et ceux du Tournoi des 6 Nations. Bon, pour le coup je ne vais pas vous bercer d’illusions comme Éric le joueur de flûte bayonnais. Sur le papier, le duel paraît déséquilibré. Entre les nombreuses blessures et les joueurs évoluant en Premiership retenus par leurs clubs (comme quoi on a pas le monopole de la connerie en France), le XV du Poireau a eu du mal à aligner une équipe compétitive. Dans un pays qui possède la superficie de l’Ariège et qui compte un réservoir de joueurs forcément limité, on en arrive vite à devoir tirer au sort des gens de la population pour boucher les trous dans la compo. Mais bon, il paraît que les Battle Royal et les sacrifices humains sont à la mode en ce moment, donc on devrait quand même s’amuser !

« Hey mais c’est les minables ! »
« Hey, mais c’est les minables ! » (©Stan Sports)

Le film du match

« Les Aulblaques, c’est un peu comme le Stade Toulousain, mais en moins bien » (proverbe toulousain).

Au-delà du fait que tous tes coéquipiers portent leurs maillots à l’entraînement, ces clubs ont effectivement un point commun : ils sont l’équivalent du mode de difficulté légendaire dans un jeu vidéo. Si vous pressez un bouton de votre manette avec une fraction de seconde de retard, c’est game over. Illustration au bout de 4 minutes de jeu avec Gareth Anscombe qui rate le timing de sa passe et se fait intercepter par Beauden Barrett. Bim, 0-7.

 Néo-zélandais de naissance, Anscombe pourra au moins raconter à ses enfants qu’il a fait une passe décisive au meilleur joueur du monde au Millenium Stadium.
Néo-zélandais de naissance, Anscombe pourra au moins raconter à ses enfants qu’il a fait une passe décisive au meilleur joueur du monde au Millenium Stadium. (©Stan Sport)

On notera d’ailleurs que Barrett fêtait ce jour là sa 100e sélection sous la tunique noire, à seulement 30 ans. Quand on sait que pendant la même période, le XV de France a testé 100 ouvreurs différents à ce poste, ça force le respect.

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En parlant de records, il y en a un autre qui est battu sur le terrain : avec 149 sélections, Alun-Wyn Jones est devenu le joueur le plus capé de tous les temps. Un exploit qui n’aura pas été réalisé sans conséquences, puisque l’emblématique seconde ligne gallois commence de plus en plus à ressembler à un poilu sorti d’une tranchée. Ses grands yeux tristes sont ceux d’un homme qui en a vu trop, des mollets épilées de Gavin Henson aux mains baladeuses de Joe Marler. Á la place de ses oreilles, on ne distingue plus que deux gros chewing-gum qui aurait été mâchés pendant un demi-siècle. L’ensemble de son corps de géant commence à grincer comme celui d’un jouet Transformer rouillé retrouvé au fond d’une cave humide. Sans surprises, au bout d’un quart d’heure de jeu, il doit quitter ses troupes sur blessure, comme lors de la dernière tournée des Lions. Bien sûr, il reviendra, rafistolé avec des bouts de scotch, pour disputer de nouvelles batailles et pour continuer à fertiliser tous les terrains de rugby du monde avec son sang.

C'était pas la fête d'Alun-Wyn.
C’était pas la fête d’Alun-Wyn. (©Stan Sport)

On l’aura compris, les Gallois connaissent un début de match compliqué. Malgré cela, ils s’accrochent et proposent quelques séquences de qualité, ce qui leur permet d’inscrire une pénalité et d’évacuer la peur de terminer fanny, mais aussi et surtout d’unlocker le badge valeureux©, habituellement réservé pour les performances de l’Italie et de l’Écosse. Mais on sent tout de même que dès que les Blacks accélèrent, ça peut facilement aller dans l’en-but. Ce qui va presque arriver, mais le pilier Nepo Laulala va vendanger un essai tout fait en nous prouvant qu’on peut être néo-zélandais et avoir la même grâce que Rabah Slimani. Le pays de Galles est soulagé, mais en même temps, quand le poteau est le meilleur défenseur de ton équipe, est-ce vraiment rassurant ?

Il a touché le poteau.
Il a touché le poteau. (©Stan Sport)

La réponse est non, car quelques minutes plus tard, TJ Perenara va réparer l’affront en étant à la conclusion d’un beau mouvement. On salue d’ailleurs le courage et l’abnégation de ce joueur, sorte de successeur de Piri Weepu dans le rôle du Kamel Ouali du haka, qui joue les doublures d’Aaron Smith depuis des années et qui semble s’en contenter. Beaucoup de ses compatriotes auraient déjà fait quelque chose de vraiment stupide, comme signer à la Section Paloise.

Un essai de 9 au soutien, un peu comme #AntoineDupontLeMeilleurJoueurDuMonde
Un essai de 9 au soutien, un peu comme #AntoineDupontLeMeilleurJoueurDuMonde. (©Stan Sport)

Les fans de Tom Jones restent dans le match, et vont pouvoir profiter d’une période de supériorité numérique après le carton jaune infligé à Laulala, coupable d’avoir pris la tête de Ross Moriarty pour une boule de flipper. 

Pauvre Moriarty qui n'a clairement pas le luxe de perdre les quelques neurones dont il dispose.
Pauvre Moriarty qui n’a clairement pas le luxe de perdre les quelques neurones dont il dispose. (©Stan Sport)

Les Gallois poussent, transpercent même, et, si ça ne suffit pas pour se procurer une vraie occasion d’essai, ils inscrivent une nouvelle pénalité juste avant la pause. Tout le monde rentre donc au vestiaire sur le score de 18 à 6 en faveur des triples champions du monde. Ça aurait pu être pire. Ça aurait pu être mieux aussi, puisqu’on constate en lisant les stats que ce sont les locaux qui ont dominé cette première période. Mais avec les Aulblaques, les seuls chiffres qui comptent sont ceux au tableau d’affichage. 

Ca paraît fou mais en Nouvelle-Zélande ils analysent le match à la mi-temps au lieu de proposer une interview insipide de Fabien Galthié et quatre bande annonce pour une émission de Laurent Ruquier.
Ca paraît fou mais en Nouvelle-Zélande ils analysent le match à la mi-temps au lieu de proposer une interview insipide de Fabien Galthié et quatre bandes annonces pour une émission de Laurent Ruquier. (©Stan Sport)
Cool guys don't look at explosions.
Cool guys don’t look at explosions. (©Stan Sport)

La seconde période débute comme elle a terminé, avec des Gallois volontaires et ambitieux. Mais pas trop non plus. Après une longue séquence dans les 22 adverses, ils choisissent de prendre la pénalité plutôt que de tenter de marquer l’essai.

Après avoir insulté les arbitres de Top 14 ou ses propres supporters, Ronan O'Gara continue de péter les plombs et tente de rentrer sur le terrain déguisé en gallois.
Après avoir insulté les arbitres de Top 14 ou ses propres supporters, Ronan O’Gara continue de péter les plombs et tente de rentrer sur le terrain déguisé en Gallois. (©Stan Sport)

Ça fait 9-18, mais les Néo-Zélandais récupèrent bientôt leur banni, et décident de passer à la vitesse supérieure. Enfin, surtout, c’est Will Jordan qui décide de jouer à sa propre vitesse, et clairement ça n’a pas l’air d’être la même que celle des autres êtres humains sur la planète. Sur une action qui semble anodine, l’ailier des Crusaders relance, perce, tape à suivre et va marquer, presque en footing. On nous apprend que le gars vient de marquer son 16e essai en l’espace de 11 sélections. Pour rappel, Yoann Huget a eu besoin de 64 capes pour réussir à en marquer 14. Pourquoi cette comparaison ? Parce que ça me fait toujours plaisir de parler de Yoann Huget, et avouez, il vous manque à vous aussi.

Je pense que j'ai produit un plus gros effort physique en faisant ce GIF que lui en marquant cet essai.
Je pense que j’ai produit un plus gros effort physique en faisant ce GIF que lui en marquant cet essai. (©Stan Sport)

Ça fait 28 à 9 pour le pays du long nuage blanc. Á ce stade là, le pays de Galles a deux options : accepter son destin et laisser filer la fin de match, ou tenter de se révolter. On choisit la seconde option pour enfin être payé sur une action près de l’en-but où Rhys Priestland dépose un joli coup de pied à suivre pour l’essai de Johnny Williams. Bravo Johnny Williams, tu as marqué un essai contre les All Blacks, et c’est sans doute cet exploit qui permettra de te distinguer des 500 autres joueurs de rugby gallois qui portent le même nom que toi.

Sérieusement, je ne sais pas du tout qui est ce joueur.
Sérieusement, je ne sais pas du tout qui est ce joueur. (©Stan Sport)

16-28, le XV du Poireau revient dans le match. Mais était-ce vraiment une bonne idée de vexer la meilleure équipe du monde ? Alors que l’on passe tout juste l’heure de jeu, les hommes de Sam Whitelock décident de s’énerver pour de vrai. Ça commence avec un essai de Dalton Papali’i (meilleur nom) qui s’arrache d’un ballon porté pour marquer en force. Puis le mode beach rugby est enclenché : on installe les palmiers sur la pelouse du Millenium Stadium, les avants enfilent des chemises à fleurs et vont siroter un cocktail au bar, tandis que les arrières s’occupent du spectacle. On enchaîne les aufelodes et les passes magiques téléguidées qui tombent toujours dans les mains du gars derrière. Quand il y en a un qui tombe ou se fait plaquer, un autre joueur arrive au soutien, à tel point qu’on a l’impression que les Blacks jouent à 30 contre 15. Sevu Reece est à la conclusion. 16-42.

La défense galloise se retrouve dans un strip club : ils ont le droit de regarder mais pas de toucher.
La défense galloise se retrouve dans un strip club : ils ont le droit de regarder, mais pas de toucher. (©Stan Sport)

Quelques minutes plus tard, rebelote et c’est Lienert-Brown qui va en terre promise après une action aussi fluide que le trafic parisien un 15 août. 16-49.

Pas de légende. Elles sont sur le terrain.
Pas de légende. Elles sont sur le terrain. (©Stan Sport)

Heureusement, les Aulblaques ratent quand même des trucs de temps en temps, à l’image d’une action tellement insolente de facilité que le demi de mêlée remplaçant Brad Weber s’est dit « mmh non je vais lâcher le ballon juste devant la ligne, ça devient trop insultant ».

Tu construis le plus incroyable des châteaux de sable...
Tu construis le plus incroyable des châteaux de sable… (©Stan Sport)
Et là un connard vient éternuer juste devant et ruine ton chef d'oeuvre.
Et là un connard vient éternuer juste devant et ruine ton chef d’œuvre. (©Stan Sport)

Pour le fun et parce que ce serait dommage de ne pas passer la barre des 50 pions, Beauden Barrett va rajouter un dernier essai en fin de partie, encore une fois sur interception (vraiment limité ce joueur qui marque toujours de la même façon). Score final, 54 à 18 pour les Aulblaques © qui, rappelons-le, sont seulement en train de se chauffer.

La semaine prochaine, on les verra défier l’Italie, et à la place de certains joueurs de la Squadra Azzura, je ressortirais les mots du médecin qu’on utilisait tous au collège pour éviter les cours de piscine. Ensuite, ce sera l’Irlande, et donc enfin la France, pour un petit aperçu du match d’ouverture de la Coupe du monde 2023. Pour la première fois depuis bien longtemps, c’est un match qu’on attendra avec plus d’excitation que de peur. Attention à l’excès de confiance tout de même, à force de voir les Français se prendre pour les rois du monde parce qu’ils ont presque gagné le Tournoi et presque battu l’Australie deux fois, ou encore d’entendre partout qu’Antoine Dupont est le meilleur joueur de rugby de l’histoire de ce sport, les Néo-Z pourraient bien avoir envie de nous remettre salement à notre place. 

En attendant, le XV de France doit d’abord se préoccuper de son premier test-match de l’automne, samedi prochain contre l‘Argentine. On part grandissimes favoris. Et comme chacun le sait, ça se passe souvent bien contre les Pumas quand on est favoris. Vivement samedi ! 

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